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   Relevé dans le fascicule de Bernard CHARAVIN (Au pays des olives-éditions Messages) cette description d'un personnage qui pourrait être la mystérieuse personne (ou quelqu'un de pareil à lui !) qui a construit les restanques* que l'on aperçoit à l'ouest de Rochebrune :
...Marcellin était en effet une force de la nature;une anomalie en quelque sorte. On l'avait vu déjà faire rouler des roches ou traîner des arbres abattus comme seul en aurait été capable le puissant cheval du père Meynard ...Une patience sans bornes-ou quel sens aigu de fatalité ?-lui permettait de renouveler les mêmes gestes des heures durant, avec le plus grand naturel, sans maugréer jamais. Il n'avait pas son pareil pour dresser les murets de pierres sèches qui autorisaient  des cultures étroites aux flans des collines.

   On exploitait ainsi d'inespérées parcelles de terrain, gagnées peu à peu sur bois et landes grâce à l'obstination vitale des générations successives. Ainsi soutenus par leurs corsets de pierres, vignes et oliviers pouvaient alors s'y disputer les étages de soleil.(quoique sur les restanques* de Rochebrune il ne reste ni traces de vignes, ni traces d'oliviers, il pourrait s'agir d'autres cultures telles la culture de plantes pour les teintures ou de jardins potager-note de GF).

    Muni du pic, de la pelle et de la "biasse"** du repas, Marcellin passait d'interminables journées à assembler au mieux cailloux et blocs rocheux ramassés dans les ruisseaux assoiffés, puis déversés à pied d'oeuvre par le tombereau..

    Il savait sans hésitation, choisir celui d'entre eux qui trouverait sa place  exacte dans l'édifice, et utiliser ça et là les roches les plus longues qui, travail fini, seraient prises dans la masse de l'étage supérieur, fichées profondément comme des pieux, pour un solide encrage du mur. Quelquefois même, aux endroits utiles, l'opération était inverse : des barres de roches plates, dépassant dans le vide et ordonnées en étages avec précision, formaient des escaliers piqués aux "restanques"* de façon légère. Ils permettaient  aux hommes de passer aisément d'une terrasse à l'autre, sans avoir à en contourner les extrémités.

    Quand, par chance, un de ces coquillages fossiles épargné par l'érosion ornait encore un bloc, il lui réservait un place de choix au sein de l'édifice. Ainsi longtemps se souviendra-t'on de lui. Et bien plus tard encore, la fuite du temps ayant gommé toute mémoire, d'autres observateurs attentifs considéreraient avec étonnement et un brin d'émotion ces témoignages de poésie secrète : seings d'artiste aux flancs des vieux murs.  
* terrasses
**besace
Histoire de  Rochebrune                     les «restanques»*
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