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Les cloches

   Rochebrune enrichi du tintement de ses cloches habille le craquement des maisons et pare le murmure sévère de son Mistral.

  Les sonnailles descendent à chaque heure par les ruelles pierreuses du village, arrondissent le dos du rocher où s’assoupissent les murs. L’âme claire de la mélodie effrite au passage quelques morosités essoufflées, mal venues.

  Le son limpide martèle le temps dans un sablier léger dont le vent oblique se fait le messager. Musique sans caprice, écho aux sonnettes du troupeau, tombant du clocher sur les toits surpris, rebondissant grassement entre marnes et ruisseaux, entre chênes et genêts comme des lames d’armes blanches entrechoquées en cadence.

    Il semble que l’on entend les coups des marteaux comme les coups réguliers du sang dans les artères du village endormi, comme un tambour de galopade courte, lente, calquée sur l’existence des habitants d’ici. La vie tranquille du village glisse entre les Angélus, à la diagonale des jours.

  Né des hauts de ce lieu, venu du nord du rocher, le chant du clocher soupire dans son élan, fait trois pas et libère sa voix aux quatre coins du ciel. La chorale des cigales, menée par ce Maître, accompagne le silence couché entre les heures. Les trois cloches chantent avec l’orage qui roule dans des échos lointains et avec la colombe qui roucoule au faîte de la tour.

  Les trois solistes s’accordent encore à la respiration paisible des fermes étendues dans la petite vallée.
Comme trois amies qui trinquent, ébranlant l’ouate sereine d’un été figé, comme un orchestre champêtre ne retenant que l’ouverture d’une symphonie des heures, les cloches de la chapelle règnent désormais sur la découpe du temps qui va l’amble sur les Baronnies.
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