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Randonnée derrière les Buisses

Je ne m’assoirai pas au déjà tiède et matinal soleil d’avril, car je ne veux pas que  d’autres marcheurs me rejoignent. Je n’en ai aucune envie.

Je marche donc et ne me repose pas. Je ne lis pas ce livre de Giono que j’avais pourtant mis dans ma poche dans ce but. Je marche.  Je marche je l’espère, dans le même sens que ces barbares inconnus.

Et une épopée tranquille et poétique se crée dans mes pensées. Des vipères et des lézards jaunes s’enfuient à quelques mètres de mes pas, mon bâton gravé aux mots de la Provence suffit à les éloigner. Deux pierres posées comme un index écarté de son majeur désignent par un heureux hasard, du moins c’est comme ça que je le vois, le sens de ma marche.

Du berger je ne sens qu’une vague présence, là-bas de l’autre côté du Rieu Frais et ses moutons sont posés comme des pierres lentes sur le flan arrondi des Buisses. Des pierres qui appellent irrégulièrement l’esprit du vent et qui se déplacent au gré du mouvement du soleil.

Les chênes n’ont que quelques étincelles de lumière à cette heure matinale, au fond de la gorge profonde du torrent. Un écho, humide et frais monte au rendez-vous de l’éveil du thym. La comète observée avec délice hier soir est là présente et invisible dans le ciel vierge de nuage.

Débouchant des rochers escaladés avec peine, la douce chaleur me caresse le ventre à travers ma chemise de coton. Elle est déjà en moi comme un bonheur réconfortant.

Le village naît en face de moi par ses toits d’abord, unis dans leurs ocres rouges, sans fumées, bien qu’avril ne soit qu’un enfant. Les volets lavande et gris clignent de l’œil et hésitent à s’ouvrir. Pourtant l’Angélus vient de sonner dans la grande vallée de l’Ennuyé, là-bas au dessous de la boule devenue aveuglante de l’astre seigneur.

Je n’ai pas vraiment l’envie de rentrer, profitant de me régalant de cet instant, évoluant avec l’éveil des collines et les fragrances fortes de celles-ci. Je m’étends malgré ma crainte toujours présente et bien dérisoire de voir quelque touriste déboucher à cet endroit. Dans mon carré de bonheur.

Égoïstement, le monde est à moi.  Pour quelques minutes que je désire longues et pleines. Oubliant ma lecture encore une fois, je ferme les yeux, paupières vers le soleil et l’or chaud de celui-ci me nourrit de son esprit en vidant le mien
1997