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Un ciel d’hiver 1989

Ses pierres léchées par un vent froid, le champ rapiécé des toits s’en va en pleine marche vers le haut de la trajectoire du rocher. Les ruelles sont parcourues des bruits feutrés de l’hiver et sont pénétrées de l’esprit d’anciens habitants disparus. Les pavés avancent en vague de tempête jusqu’aux portes d’antan.

Vu d’en haut, le plan de ces rues offre un épi décoiffé par la main de l’Histoire, obéissant à une vieille loi d’architecture paysanne. Vivant ici, une société défend ses vieux murs contre l’invasion dénaturée du modernisme.

Après les pavés de pierres rondes, derrière les battants, dans le grand corps gris des bâtisses, sont les habitants. Ceux de maintenant. Avec l’esprit d’avant, respectant l’héritage charrié par le roi Mistral.

L’odeur des cheminées échevelées par le vent s’éparpille en volutes suaves sur cet esprit. Ici le genêt fume, là le chêne craque, là encore sentent les lavandes mises à sécher. Et de là vient aussi ce fumet glorieux de cuisine.

Point d’auberge, ni épicerie, ni boulangerie pourtant mais des aubergistes, des épiciers et des boulangers. Un hameau d’artisans, de créateurs, de gardiens de l’âme du lieu. On peut alors entrer dans le mystère du village sans avoir à en forcer l’huis. On peut pénétrer le cœur sans limites de ces hommes retirés du bruit de la ville.
Ces enfants spirituels et glorieux d’un lointain maire sans administrés, de ce Panturle dont on parle, au souvenir vivace.

Dans ce relief magique, dans ce morceau de monde existe encore la qualité de l’homme. Celle qui parle de cette île qui s’élève vers le bord des Préalpes du sud, l’île de Rochebrune.

A Josette et Raymond